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3. Un village

Derrière le coin, on peut lire un poème de Roland Jooris à l’arrière du mur. Ce poète et critique d’art a joué un rôle majeur dans la vie de Roger Raveel, à la fois en tant qu’ami et principal critique de son œuvre.

En 1957, Jooris voit pour la première fois des tableaux de Raveel au Cercle des Arts et des Lettres à Gand. « J’étais cloué au sol, je n’avais encore jamais vu de telles peintures », se souvient-il. Six ans plus tard, il visite l’atelier de Raveel, et les deux hommes font connaissance.

Cette rencontre marque le début de plusieurs décennies d’amitié, de collaboration et d’appréciation réciproque. Jooris écrit régulièrement des papiers sur l’œuvre de Raveel et invente le terme de « nouvelle vision » pour la définir. Le propre de ladite « nouvelle vision » est le regard analytique porté sur l’environnement immédiat et la tentative du geste pictural de faire fusionner, s’interpénétrer l’art et la réalité. Ce qui renvoie non seulement au lien intense entre l’art et vie, mais aussi à l’intégration d’éléments géométriques abstraits dans des œuvres figuratives. Le concept de nouvelle vision s’applique également à l’œuvre d’artistes, tels que Raoul De Keyser, Étienne Elias et Reinier Lucassen.

Raveel choisit Roland Jooris comme premier conservateur de son musée et ce dernier assumera la fonction de 1999 à 2005.

Le poème In dorp, un village, établit dans ses premiers vers le lien entre la réalité du village et la géométrie abstraite, à l’instar des œuvres de Raveel.

Cliquez ci-dessus pour écouter Roland Jooris lire son poème en néerlandais.

Een dorp

een dorp is een cirkel 
met de hand rond een 
kerk getrokken;

een duif is een zeer 
eenvoudige luchtledige 
lijn op een dak;

een voorjaar maakt natte 
vlekken op het papier 
van de lucht;

en kijk, dit is pas 
werkelijkheid: straks 
laat ik het regenen 
op mijn gedicht 
zodat het uitvloeit 
tot een akwarel 
van doordrenkte, 
onleesbare woorden.

Un village

un village est un cercle
tracé à la main autour
d’une église ;

un pigeon forme
une ligne vide, très simple
sur un toit ;

un printemps fait
des taches humides sur le papier
du ciel ;

et regarde, voici la vraie
réalité : bientôt
je ferai tomber la pluie
sur mon poème
afin qu’il s’épande
en une aquarelle
de mots détrempés,
et illisibles.

(traduction libre)