5. Première habitation de Roger Raveel
Au 33 de la rue Petegem se situe la première habitation de Roger Raveel adulte.
Au début des années 1940, il y habite avec sa mère, Bertha, son père, Gustaaf, et son frère, Germain.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Zulma De Nijs, la voisine des Raveel, vient faire un peu de ménage et donner un coup de main à la famille. Elle s’occupe en outre de la mère de Raveel qui est gravement malade et qui meurt en 1946.
1946 est une année charnière pour le jeune Raveel : il va visiter l’exposition rétrospective de Vincent van Gogh au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles qui fait grande impression sur lui. Cette même année, par le truchement de son ami peintre Antoon De Clerck, il rencontre le très jeune Hugo Claus, âgé de seize à peine. Plus tard, Claus introduira Raveel dans les cercles artistiques et littéraires. C’est ainsi que Raveel rencontrera les artistes Cobra Karel Appel et Corneille. Aussi bien Hugo Claus que Karel Appel viennent régulièrement rendre visite à Raveel dans cette maison. Ils logent alors au grenier, où Gustaaf, le père de Raveel, lui a aménagé un atelier sommaire.
Pendant ce temps, Roger et la jeune Zulma nouent une relation amoureuse, ce que le père de Zulma ne voit pas d’un bon œil : à ses yeux, les artistes sont des oisifs. Mais Zulma lui tient tête et épouse Roger Raveel en 1948. Elle s’installe dans la maison parentale de son jeune époux, que le couple partage avec Gustaaf. Zulma exploite un petit débit de vins et spiritueux. Douée pour la couture, elle confectionne ou retouche de surcroît des vêtements pour les villageois. Bref, elle est le gagne-pain du couple, ce qui laisse à Roger de la latitude pour expérimenter son art, peindre et dessiner. C’est ainsi qu’il développe un langage visuel bien à lui.
Avec son flair pour les affaires, Zulma devient vite « l’agente artistique » de Roger. Et bien qu’à cette époque, celui-ci ne vende encore rien, Zulma conclut un accord ingénieux avec le collectionneur André Goeminne, qui dirige les premiers supermarchés de la région. En échange contre de la nourriture et des boissons, il peut choisir de temps en temps une toile. C’est ainsi que le couple survit au cours des maigres années d’après-guerre.
Qui voit cette modeste maison aujourd’hui a du mal à imaginer qu’elle a pu être le berceau d’une œuvre aussi novatrice. Pourtant, c’est bien ici qu’a germé l’œuvre de Raveel. En 1948, l’artiste détruit une grande partie de ses travaux académiques et recommence à zéro. Il décide de représenter ce qu’il voit en observant attentivement la réalité et en captant l’essentiel des formes, des objets, des personnages, du paysage et des maisons.
Dans ce petit grenier, il peint des chefs-d’œuvre comme Intimité (1948), Homme jaune avec charrette (1952), Homme avec fil de fer au jardin (1953), ainsi que Terrain de football (1952), le grand tableau aux couleurs puissantes, composé d’éléments verticaux, que lui inspire le terrain de foot qu’il peut voir de sa mansarde et devant lequel vous passerez tout à l’heure.








